La place des anciens dans la société occidentale

La jeunesse éternelle

Un jour je prends le bus, les écouteurs me soufflent de l’afrovibes et je luttais pour ne pas faire quelques petits déhanchés qui j’espère, auraient pu dessiner quelques sourires sur ces visages toujours fâchés dans les transports en commun. De temps en temps je sentais ma tête qui se laissait emporter dans un effet papillon comme disait youssoupha dans une de ses chansons. Toujours dans mon enjaillement, le bus s’arrête à un arrêt et j’aperçois une dame assez âgée y rentrer.

Tout d’un coup, la musique s’arrête et j’entends dans ma tête la douce voix de ma mère me murmurer “lève-toi pour cette dame”. Tel un soldat je me lève et je demande à la dame si elle veut s’asseoir. A ma grande surprise, elle se retourne vers moi d’un air fâché et répond “NON MERCI, toute façon je descends à l’arrêt suivant”.

Cinq arrêts plus tard, elle était  toujours dans le bus, à chaque virage elle flottait  comme un drapeau en pleine tempête et moi peut-être déjà échauffé par l’effet papillon de youssoupha, je la suivais du regard, discrètement, au cas où, prêt à bondir et éviter qu’elle ne se brise comme de la porcelaine.

Je ne pouvais m’empêcher de sourire, car dans ma tête défilait ce passage du film “le crocodile du Botswanga” où Thomas Ngijol dit “il est tombé comme du n’importe quoi, on dirait la girafe qui se mêle les pattes quoi!!” . Et pourtant en sortant du bus j’ai ressenti  un peu de culpabilité de m’être moqué de cette vieille dame.

La place de l’ancien

Depuis tout petit, mes parents au sens africain du terme (parents, oncles, tantes, amis de la famille) m’ont toujours martelé que si une personne d’un certain âge rentrait  dans la pièce dans laquelle j’étais assis et qu’il n’y avait pas de place disponible, j’avais le devoir de lui céder ma place. Ils m’ont expliqué que c’était un signe de respect, lui montrer que je savais qu’il était  arrivé sur terre avant moi et que rien que pour cela je lui devais le respect.

On m’a toujours enseigné que les anciens devaient être à la limite vénérés, car ils étaient  source de savoir. J’ai compris très jeunes que les “anciens” comme je les appelle ont un rôle très important dans mon éducation. Déjà je me suis fait reprendre à plusieurs reprises par des amis quand j’appelais une personne âgée “l’ancien”, parce que c’est dégradant et péjoratif. Hors, dans ma conception de la chose c’est le saint graal d’être nommé ainsi.

Pour en revenir à l’éducation, souvent dans les fêtes quand j’en ai l’occasion, je m’approche d’un ancien et je lui pose le maximum des questions sur les coutumes et moeurs et leur perception de la société. Je leur pose des questions que je ne pose pas à mes parents et c’est toujours fascinant de constater à quel point ils me répondent avec énormément de détachement, avec bien plus de franchise et de liberté d’expressions que les générations de mes parents.

L’impact des grandes villes

Du coup quand je suis descendu du bus, je me suis posé la question suivante: qui blâmer, les grandes villes occidentales qui dévalorisent constamment le statut d’anciens ou cette vieille dame qui lutte pour la jeunesse éternelle justement pour éviter d’être mise à la poubelle par cette société?

Malheureusement cette situation ne m’est pas arrivée qu’une seule fois et du coup maintenant j’hésite quand je vois une personne âgée rentrer dans les transports. Pourtant je n’ai pas envie de perdre cette démonstration d’estime des anciens qui pour moi représentent la fondation de toute société. Comment faire comprendre aux anciens qu’ils ont encore leur place dans une société qui les met à l’écart?

En tant qu’afro-européen, avec une double culture, je porte en moi, la crainte, qu’à terme, les pratiques des grandes villes envers les anciens ne déteignent sur l’éducation de mes parents. C’est notre responsabilité de perpétuer cette tradition d’estime des anciens avec les générations qui arrivent, car ce sont elles qui vont se retrouver à ma place dans le bus dans quelques temps.

 

2 Responses

  1. Bonjour, je relis ce blog pendant ce confinement en esperant de nouveaux articles. Il traduit beaucoup de choses pour une rwando-belge. Je cherche un moyen de joindre les auteurs pour proposer un sujet?Merci!!

    1. Bonjour,

      Merci pour votre commentaire.
      Quel est le sujet que vous aimeriez aborder? Le but du site est d’également (sur le long de terme) de proposer à d’autres personnes de poster des articles parce que comme vous l’avez mentionné, beaucoup de gens pourraient se reconnaître à travers ces histoires.

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