L’ego trip de slammeurs ancestraux rwandais – Kwivuga

Kwivuga dans événements culturels  – Kwivuga amazina

Ma mère rentre un jour du travail et me demande fièrement si je peux l’accompagner à une représentation de danse traditionnelle. C’est un de ces événements que ma mère ne manque jamais et si vous lui demandez pourquoi elle y tient tant, elle vous répondra avec un grand sourire que cela lui rappelle son enfance. Au cours de ces soirées, plusieurs types de danses s’enchaînent. Deux séquences attirent principalement mon attention : ingoma (les tambours) et intore (danseurs traditionnels à la chevelure blonde). Ce qui m’intrigue concernant les danseurs traditionnels, c’est qu’à tour de rôle, chacun prend le devant de la scène et enchaîne une série de phrases tels un groupe de rappeurs dont chacun a son couplet.

Présentation des vaches pour la dote – kuvuga mazina h’inka

Quelques semaines plus tard lorsque je participe à une cérémonie de la dote, la personne qui est censée représenter le berger de la vache rentre dans la pièce en enchaînant aussi une série de phrases. Son débit de paroles rappelle la cadence d’un rappeur. Sauf que cette fois-ci, il vante la vache et met en avant le prestige de la famille qui en fait cadeau. Alors que dans le cas de la troupe de danse, il était question de se mettre en avant en tant qu’individu.

Kwivuga dans les moeurs

Je me suis alors tourné vers mon père pour lui demander l’origine de ces slameurs du Rwanda. Il me fait alors la confidence qu’à son époque, un homme qui ne savait pas “kwivuga” n’était pas considéré comme un homme. Si nous traduisons de manière littérale, “kwivuga” signifie se présenter. À l’époque, lorsque plusieurs amis (hommes) se retrouvaient pour partager un verre, souvent dans un récipient commun qu’on appelle “igicyuma” avec des pailles, il arrivait qu’à tour de rôle chacun se présente, et que celui qui n’était pas en mesure de le faire, se retrouvait privé d’alcool.

La signification et restrictions

Kwivuga, c’est donc ce que les rappeurs actuels appellent de l’egotrip, c’est-à-dire la faculté de faire l’éloge de soi-même. Dans le cadre de la troupe de danse d’intore qui à une autre époque étaient des guerriers, kwivuga était pratiqué dans un but de stimulation avant le combat. Alors que lors d’une dote, le berger fait l’éloge de la famille qui en fait le don. Il est important de noter que dans un système patriarcal, il est impensable qu’une femme se présente. Cette activité est réservée exclusivement aux hommes.

 

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