La lecture du respect enfoui dans le mot “tantine”

Pendant longtemps, je trainais les pieds quand mes parents me proposaient de les accompagner dans une fête ou visiter un de leur amis (#lesanciens). Maintenant, je saute sur l’occasion tel un journaliste de potins sur une rumeur. Pendant leurs conversations je suis comme un gosse dans un magasin de bonbons, les yeux écarquillés, il ne manquerait plus qu’une tasse de thé à la main (sipping tea).

Le manque de respect

La dernière discussion portait sur le fait qu’ils en revenaient pas qu’un enfant de 7 ans avait eu le culot d’appeler son père par son prénom. Pour eux c’était l’insulte ultime, un manque de respect total. Même si je savais que j’allais me faire allumer, j’ai lancé “mais, où est le problème? Le gosse est né et grandi ici”. Ma mère avait ensuite lancé le mot magique qui éteint les lumières “Pardon!!!”, la seule chose qui m’était venu à l’esprit à ce moment même c’était le titre du livre “les derniers jours d’un condamné”.

Tel un voleur en Afrique qui ne veut pas se faire lyncher, je lui avait directement coupé la parole “non, ce que je voulais dire c’est pourquoi ne doit-on pas appeler son père, tantes, amis des parents par leur prénoms, car on risquerait de les offenser?”. En voyant l’expression de leur visage, je savais que la tempête qui arrivait vers moi s’était transformée en douce eau de source que j’allais consommer sans modération.

L’importance du statut social

Ils m’avaient alors expliqué que le fait d’appeler une personne par son statut était un signe de respect. Chez les rwandais cela s’exprime souvent par exemple par “c’est la mère d’un tel”. Néanmoins, avec l’adoption des noms chrétiens et l’augmentation de la population urbaine cela posait des problèmes. Par exemple dans le cas de la disparition d’un gosse qui ne savait pas le nom des parents ou même de ces oncles.

Du coup, la population avait commencé à être conscientisée sur ce problème et c’est à ce moment qu’ils avaient commencé certes à enseigner aux enfants en bas âges les noms de famille tout en leur expliquant qu’ils ne pouvaient pas les utiliser de manière publique.

Cela est aussi valable entre époux. Ma mère me fit remarquer qu’il n’appelle jamais mon père par ses noms et inversement. Je leur avais raconté que j’avais découvert le prénom de mon père lorsqu’un de ses amis de promotion l’avait appelé lors d’un événement et que je m’étais retourné en pensant qu’il parlait à une personne derrière et qu’à ma grande surprise, il avait fait une accolade à mon père.

 

Garder une trace pour les jeunes

Mon père avait ri aux éclats avant de me dire “nous sommes conscients que c’est assez perturbant mais, les jeunes doivent comprendre qu’ils doivent connaître les noms sans pour autant les utiliser, car pour notre coutume le respect du statut de l’individu est primordial”. Et ma tante avait ajouté “quand tu viendras me rendre visite à l’hôpital il faudra que tu saches les deux noms et par juste maman un tel ou tantine un tel”.

Je leur avais alors dit “mais pourquoi vous n’écrivez pas tout cela? Parce que quand je serai à votre place je risque de relater notre coutume de la même façon que vous parlez de la médecine traditionnelle de vos parents et grand-parents. C’est-à-dire en disant, je sais que cela a existé et ça marchait”. Un silence avait suivi cette remarque

Mais quant est ce qu’ils auraient eu le temps de le faire quand leur priorité était de faire en sorte que nous ne manquons de rien et nous permettre de faire des études quitte à travailler 12 heures par jour même le weekend?

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour Haut de la Page