Le mariage traditionnel rwandais: Introduction

Le mariage est une étape cruciale pour beaucoup de personnes parce que nous l’associons souvent à la transition vers l’âge adulte, l’âge des responsabilités. Justement, je discutais avec une connaissance de ma génération concernant son ressenti post mariage. Il m’avait répondu fièrement: “petit!! Appelle moi Monsieur maintenant, je ne joue plus dans le bac à sable”.

Je ne compte plus le nombre de discussions avec mes amies concernant le mariage traditionnel que j’ai fui. Quand je suis d’humeur taquin je leur balance: “Avant de penser les modèles de robes en pagne, la déco et ceux-ci et ceux-là. Il faut d’abord trouver un homme qui veut vous doter. Et ce n’est pas gagné dé!!!”

 

Formation en diplomatie

En parlant de la dot chez les rwandais, le mariage traditionnel est synonyme du parcours du combattant. Je m’explique; Premièrement, tu vas devoir prendre des cours de diplomatie très très poussés. Les nerfs sont mis à rudes épreuves. Je pense qu’à la fin de tout le processus, si tu fais les tests pour rentrer à l’ONU, tu réussis haut la main.

Deuxièmement, si tu penses que c’est ton mariage, laisse moi rire. Rétification, ta famille au sens très large du terme se marie avec la famille de ton elu(e). Donc, sur la liste des invités attend toi à découvrir des noms que tu n’as jamais entendu de ta vie. Parce que ça serait politiquement incorrect de ne pas les inviter. Pour ton information, c’est ce qu’on appelle du vivre ensemble.

Troisièmement, annule tout, j’ai bien dit annule tous les projets que tu avais prévu dans les deux prochaines années. Avec 6 étapes dans le mariage traditionnel rwandais, tu n’as pas le temps de niaiser.

Quatrièmement, tu peux annuler la carte de sport que tu veux prendre pour être en mesure de rentrer dans ta belle robe ou costume. Tu bouffes du riz pendant un an. Tu as l’impression qu’on cambriole toujours ton compte à ton insu.

 

La rhétorique des slameurs

Un jour lors d’un mariage traditionnel, j’ai eu la chance de m’asseoir à côté d’un ancien qui m’était fort sympathique. Et entre deux morceaux de samoussa, on avait des discussions très intéressantes sur les rhétoriques durant le mariage. Pour les personnes qui n’ont jamais assisté à un mariage traditionnel rwandais, les deux familles choisissent un représentant. Ensuite, ils vont successivement au milieu de la salle et s’envoyent des punchlines tels des rappeurs.

Souvent lors de ces rituels, ma génération décroche parce que ces poètes n’utilisent que des termes accessibles qu’aux générations plus âgées. Du coup de notre point de vue, cela ressemble à un sketch qu’on ne comprend même pas. Parce que tu as toujours ce sourire niais de l’idiot de service qui n’a rien compris à la subtilité de la blague mais, qui fait genre.

A travers la discussion que j’ai eu avec cet ancien, je vais vous révéler comment cet homme a complètement changé ma vision du mariage traditionnel. Il m’a décortiqué la signification des 6 étapes, la subtilité des messages et surtout comment nous pouvons contextualiser cela à notre époque.

 

Le mariage traditionnel rwandais: Les 6 étapes

La participation à un mariage traditionnel rwandais est toujours fascinant, avec toutes les couleurs des vêtements traditionnels, les danses et la rhétorique des anciens. Avec 6 étapes, tu as intérêt à être patient. A la fin de la cérémonie, mes applaudissements pour les mariés sont remplis d’émotions comme quand je vois les derniers survivants de Koh – Lanta.

Si vous pensez que j’exagère, je vais vous énumérer brièvement toutes les étapes. Nos ancêtres en tout cas ne faisaient pas le fête à moitié. Et puis, on se demande pourquoi les rwandais aiment la fête. Je t’apprend un scoop, cela coule dans les veines.

1. La galanterie n’est pas morte: Kurambagiza

Imaginons que tu veux te marier, tu marches tranquillement dans la rue et tu aperçois ce que j’appelle un “eye candy”. Tu es foudroyé par sa beauté et tout d’un coup tu décides de la suivre jusqu’à son domicile pour voir où elle habite #nocreepyatall. De nos jours, on te prendrait pour un fou mais, à l’époque les jeunes filles habitaient chez leur parents jusqu’au mariage. Du coup, en repérant le domicile c’était ta seule chance de rentrer en contact avec celle que tu convoites.

Mon ami, tu avais intérêt à prendre ton courage à trois mains et aller t’assoir devant la maison de la fille. Le père ou les frères venaient te demander si tu as perdu ton chemin. Et tu répondais dans le plus grand calme que tu as eu un coup de foudre pour une demoiselle qui est rentrée dans la maison. Toutes les jeunes filles qui crachent sur les hommes de nos jours qui ont peur d’engagement, crachez plus fort. A une époque sans facebook, téléphone, mail ou encore lettre, tu avais intérêt à réfléchir deux fois avant de draguer la fille d’autrui. Parce que tu draguais à la vue de tous, et pas dans un coin caché lors d’une soirée au rythme d’un petite chanson de kizomba.

La recherche d’une épouse pour les jeunes hommes en âge de se marier pouvait aussi se faire par le père qui allait investiguer à ton compte. C’est qu’on appelle Kurambagiza. Mon père m’expliquait que dans la plupart des cas, le jeune homme et la jeune fille se connaissaient déjà. Et le garçon venait en commun accord avec la fille et c’était aussi une façon de voir la sincérité du jeune homme.

 

  1. La fermeture du portail: Gufata irembo

Pour être certain que pendant ton absence un petit filou ne vienne aussi tenter sa chance, un accord verbal était de coutume avec la famille de la fille. Cet accord, garantissait au prétendant que tout homme qui viendrait draguer leur fille, les parents ne donneraient pas leur bénédiction. Si certains d’entre-vous ont pensé que je parlais de la chanson de Teddy pendergrass “close the door”, mon cher on est loin. Néanmoins, cette étape s’appelle bien “gufata irembo” qu’on peut traduire littéralement par “tenir le portail”.

 

  1. Les fiançailles: Gukwa & Indongoranyo

Cela permettait au prétendant d’avertir sa famille afin de préparer la demande en mariage. Je vois filles qui versent une larme “mais, le gars ne mettait jamais le genou à terre?”. Il est inimaginable qu’un homme demande lui-même la main d’une femme. C’est le chef de la famille ou l’oncle qui fait la demande. En gros, il y a une délégation qui vient demander la main de la fille #charisme. Dans une culture où le clan est plus important que l’individu, la délégation est une manière de montrer que le jeune homme n’est pas un électron libre. Par conséquent, dans la mesure où ils acceptent, leur fille sera bien entourée.

 

3.1 Gukwa

A partir du moment où vous avez prouvé que le jeune homme vient d’une bonne famille, les négociations de la dote peuvent commencer. Je vois déjà les féministes bondir de leur chaise “mais je ne suis pas une marchandise moi!! Ces pratiques barbares doivent cesser!”. Tout ce qui me vient à l’esprit c’est “B… , seat down, be humble!”, la dote n’est pas pour toi dans le mariage traditionnel rwandais. La dote est pour les frères et soeurs de la fille pour adoucir le chagrin associé à la perte d’un être cher.

3.2 Indongoranyo

La dote(Gukwa) était souvent une génisse mais de nos jours, même si pendant toute la cérémonie on parle de vache, cela correspond à de l’argent et des cadeaux. Je vois encore la féministe en vous dire “oui mais, même si c’est pour mes frères, on fixe tout de même un prix pour ma tronche”. Alors pour enlever tout caractère marchand à la dot, le père de la fille offre à son gendre des cadeaux aussi qui pouvaient être un taureau par exemple. Cette étape s’appelle “indongoranyo”. Comme, je l’ai déjà mentionné, il s’agit d’un mariage entre deux familles.

 

  1. Gushingira

Ensuite, vient la partie où la fille est remise à son époux; Elle est accompagnée par une délégation de filles. Cette étape se nomme “Gushingira”.

 

  1. Gutwikurura

Dans la tradition, comme la fille quittait le foyer familial pour rejoindre celui de son mari. Les ancêtres ont prévu une cérémonie où la famille de la fille rend visite au nouveau couple, afin de vérifier si la fille est bien traitée.La cérémonie se nomme “Gutwikurura”.

Il y a des étapes que je n’ai pas cité mais, actuellement les étapes ci-dessus sont celles qui sont encore pratiquées de nos jours. Dans un soucis de temps, ces étapes sont souvent pratiquées le même jour. Ce qui a comme conséquence que les mariages traditionnels peuvent s’étirer en longueur à cause de toutes les rhétoriques et discours.

Du coup, la génération actuellement qui n’est pas forcément initiée à toutes ces étapes décroche très vite. Résultat, souvent dans les mariages traditionnels il y a deux fêtes dans une fête. La fête des anciens et celle des jeunes. Si les anciens prennent quelques secondes pour expliquer comme le vieux l’a fait, notre génération prendrait conscience de la richesse de sa culture et en prendrait soin. Du coup en tant qu’afro-européen, que puis-je faire? Sensibiliser nos parents au sens africain du terme sur la nécessité de transmission du savoir.

 

En résumé, voici les étapes du mariage rwandais qui sont encore pratiquées dans la majorité des mariages rwandais en Europe. A l’époque de nos grands parents, il y avait aussi d’autres étapes mais qui ne sont plus pratiquées

 

 

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