Fracture générationnelle consommée sans modération

Le mariage traditionnel

L’autre jour j’assistais à un mariage culturel africain offrant  bien sûr  son ballet de discours qui n’en finissent pas. Avec des orateurs qui utilisent des mots “savants” paraît-il  et où le rire est le privilège des ’initiés. A un moment donné une partie de la salle a carrément fait une fête dans la fête. Dans le sens où les tables de jeunes ont commencé à parler tellement fort que les anciens n’étaient plus en mesure de suivre ces “passionnants” orateurs.

La personne en charge de gérer la transition entre orateurs a saisi le micro et a commencé à disputer ces tables de jeunes turbulents qui s’étaient complètement dissociés de la fête culturelle. Il a dû s’y prendre tellement souvent qu’il a fini  par proférer des menaces d’expulsion de la salle. C’est à ce moment-même que je vis à quel point le fossé entre générations était énorme et que malgré tout on était en cohabitation forcée.

 

Cohabitation forcée

Je n’ai pas pu  m’empêcher de penser à ce nouveau en secondaire venu d’un pays lointain et qui avait des retards en français. Tous les cours, la professeur de français n’arrêtait pas de lui dire qu’il avait des lacunes de langage et pourtant, elle le cotait sur les mêmes standards que les autres. Je trouvais cela injuste, sachant à quel point une langue/langage est le liant d’intégration, de toujours blâmer ces lacunes sans forcément lui donner des conseil sur la façon dont il devait atteindre ces standards sur lesquels il était coté. Du coup, il commençait à se désintéresser complètement du cours au fur et mesure que l’année avançait.

Quand il ne dormait pas il papotait avec son voisin pour faire passer le temps. La prof énervée par le fait que l’étudiant était dissipé avait sorti “je préfère que tu ne viennes pas à mon cours si tu n’es pas prêt à le suivre”. Le nouveau avait feint de comprendre son argumentation et avait attendu  qu’elle se retourne avant de marmonner “tu penses que je n’y ai pas pensé? connasse”. Et pourtant ils savaient tous les deux qu’ils allaient devoir cohabiter jusqu’à la fin de l’année.

 

Initiation de la jeune génération

En faisant le parallèle avec ma fête culturelle, j’ai fait le constat que les aînés ne prenaient plus le temps d’initier les jeunes aux rituels. Par conséquent, la nouvelle génération se dissocie complètement de la fête et comme le nouveau dans la classe, papote avec son voisin pour faire passer le temps en attendant impatiemment le buffet. Du coup, la seule chose qui ressort souvent quand on pose la question “alors c’était comment le mariage traditionnel?” la réponse qui revient souvent est “la bouffe était bonne et j’ai failli avoir du diabète des yeux, eyes candies everywhere!!”.

Rien sur le contenu n’est évoqué, comment se sentir concerné quand nos professeurs culturels ne prennent pas le temps de nous aider à surpasser nos lacunes de langage et codes culturels? Mais dernièrement j’ai eu une lueure d’espoir. Pendant une réception, un ancien s’est levé et a pris  le micro et dit “bon c’est bien que nous nous amusions entre vieux mais, je voudrais être certain que la jeunesse a compris ce qui vient d’être dit et sa portée…”. Il a pris quelques minutes après chaque intervenant pour expliquer (pas traduire) le contexte, l’origine de chaque étape et surtout la subtilité de la réponse.

A ce moment j’ai senti que cet homme venait de nous ouvrir une porte comme s’il venait de dire “bienvenue la jeunesse, faisons la fête ensemble parce que demain vous serez les témoins pour vos enfants mais, surtout soyez fier de votre culture, car elle est belle et riche”.

 

Comment colmater la fracture génération

Bien sûr, la jeunesse à sa part de boulot à faire à travers la curiosité et l’envie d’apprendre. Mais, cette envie d’apprendre doit être  suscitée par les aînés. La culture est le fondement de l’estime de soi et ce dernier joue un rôle primordial dans l’accomplissement personnel. La fracture générationnelle n’est pas nouvelle et est actuellement consommée sans modération mais, c’est via des initiatives isolées que nous pouvons la réduire en attisant la curiosité à cette jeunesse qui se cherche entre deux cultures d’une part africaine et d’autre part européenne.

 

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