Création d’une identité hybride

Le dernier jour d’un condamné

Je bois un verre sur une terrasse durant un été pour fêter la fin des exams. Un ami me rejoint, et nous avons comme coutume de faire la fête dès la fin du dernier exam, juste avant que les notes ne sortent. A chaque nouveau verre, nous faisons “santéeee” tels des condamnés dans le couloir de la mort juste avant que la sentence ne tombe. Nous avons comme points communs les racines africaines et le fait d’avoir grandi en Europe.

Africain d’Europe

Pour faire semblant d’oublier les exams, nous discutons de nos plans d’été, notre vision du monde et bien sûr des “eyes candies”. Si tu ne vois pas de quoi je parle just google it. Lors de notre conversation, il me fait remarquer que lorsqu’il rentre au pays, les gens lui font ressentir que ce n’est pas vraiment un africain mais, un européen. Ce qui est drôle, c’est que toute notre adolescence nous nous efforçons de prouver que nous sommes africains. Et justement cette question me trotte dans la tête depuis longtemps. Suis-je africain? Et avec un peu de recul, je me rends compte que cela a conditionné pas mal de mes choix.

Ma crainte est qu’on m’insulte de “bounty”, du coup je fais tout pour apprendre les expressions à la mode et pour déformer mon langage. Tout cela dans l’espoir d’être conforme aux critères de la société dans laquelle j’évolue. Ce qui a le don d’énerver mes parents. Durant tout cette période, j’essaye de répondre à la question “qui suis-je, européen ou africain?”. Je me surprends à refuser des invitations à des activités juste parce que cela n’est pas conforme à ce qu’une personne d’origine africaine devrait faire.

Et puis zut alors…

Un jour je me suis rendu compte du risque que je cours si je continue à être conforme à ces cases préconstruites. Comme les clichés que les médias nous martèlent à longueur des journées à travers les séries et les faits divers par exemple. Du coup je me suis donné un challenge d’un an après avoir visionné le film “yes man”. Toute activité ou projet qu’on me propose pour lequel j’ai une once d’hésitation, je dis automatiquement oui. Le résultat de cette expérience est que j’ai découvert des passions,  en ai affirmé d’autres et surtout débridé le potentiel qui est en moi.

Authenticité à tout prix

En discutant avec des amis originaires du Maghreb qui sont juste venus pour leurs études universitaires. Ils me disent qu’ils ne se reconnaissaient pas dans ceux qui sont supposés être leurs frères et soeurs. Et pourtant la seule différence est que certains sont en Europe depuis 2 générations. D’après les dires de mes amis, les générations d’Europe se comportent comme leurs grand-parents dans l’espoir de rester authentique. En faisant le parallèle, je me suis rendu compte que nous afro-européens, nous nous dirigeons vers le même résultat.

Je ne pense pas être un expert dans la matière mais, je vous partage mon point de vu et mes questionnements. Avons-nous le droit d’être belge et rwandais? À cette question je réponds oui. Je suis une identité hybride et je n’ai pas besoin de prouver à qui que ça soit que je suis un authentique belge ou rwandais. Je suis authentique à la société actuelle, c’est-à-dire une société cosmopolite, de cultures et d’origines diverses. Je prends du plaisir à choisir à mon gré quel élément du spectre d’influences culturelles je vais mettre en avant. Tantôt je suis rwandais et puis belge.

Epanouissement personnel

Beaucoup de jeunes afro-européens dans l’espoir de rester authentique, se cramponnent à certaines idées préconçues au dépend de l’épanouissement personnel. Mon texte n’a pas la prétention de  délivrer le message du messi mais, d’amener notre génération à se poser des questions. Je suis profondément persuadé que ce perpétuel questionnement d’une part et les clichés véhiculés par la société d’autre part, nous conditionnent énormément. Dans une certaine mesure, conditionne la façon dont nous nous voyons et donc à terme impacte l’estime de soi. Hors, d’après mon humble avis le manque d’estime de soi est la première barrière à l’expression du potentiel humain.

Telles les voitures hybrides, prenons avantage de ce que ces deux mondes qui nous composent ont à nous offrir de mieux. Ce qui est perçu comme un handicap à l’adolescence se transforme très vite en joker dans notre vie.

 

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